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Tribune dans le Figaro – Avril 2026

Qu’attend-on pour prévenir le syndrome d’alcoolisation fœtale ?

Par Denis Lamblin  |  Tribune publiée dans Le Figaro — 12 décembre 2025

Lire l’article en ligne : lefigaro.fr

Durant l’examen du budget de la Sécurité sociale dans un contexte de tensions financières extrêmes, un amendement déposé par le député réunionnais Perceval Gaillard a été adopté à l’Assemblée nationale sur un sujet majeur trop longtemps passé sous les radars : la prévention du syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) et des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TSAF).


Ce vote enjoint au gouvernement de mettre en place un plan national de prévention du syndrome d’alcoolisation fœtale en 2026, sans que cela soit cependant contraignant pour l’exécutif. L’adoption de cet amendement est historique, car elle illustre la prise de conscience nationale sur ce sujet et prouve qu’une majorité de députés français est prête à mettre en place un plan de prévention ambitieux. Depuis 2007 et la loi Anne-Marie Payet, c’est un sujet qui était en effet totalement absent des débats publics. Enfin, la représentation nationale s’en est saisie. Et ce n’est pas fini : une proposition de loi sera bientôt déposée par Perceval Gaillard pour rendre obligatoire la réalisation de ce plan national de prévention. L’enjeu est essentiel : le syndrome d’alcoolisation fœtale est la première cause de handicap totalement évitable en France, et il représente une surcharge budgétaire d’une ampleur considérable pour les pouvoirs publics : chaque année, la naissance d’enfants atteints de ces troubles « crée » 18 milliards d’euros de coûts supplémentaires pour les décennies à venir.

Toutes les 40 minutes, en France, un enfant naît avec des séquelles liées à l'alcool consommé pendant la grossesse, soit près de 13 860 enfants chaque année

Toutes les 40 minutes, en France, un enfant naît avec des séquelles liées à l’alcool consommé pendant la grossesse. Il naît près de 13 860 enfants chaque année. Contrairement à de nombreuses autres substances, l’alcool traverse librement le placenta et est notamment dangereux pour le développement cérébral du fœtus. Il n’existe pas de seuil en deçà duquel le risque est nul, la consigne donnée aux futures mères est donc simple : zéro alcool pendant la grossesse. Les atteintes cérébrales sont souvent invisibles à la naissance, mais leurs conséquences durent toute la vie : troubles cognitifs, difficultés d’apprentissage, impulsivité, troubles du comportement, vulnérabilité sociale. Elles affectent les enfants et les familles, mais aussi l’ensemble de la société : parce qu’un enfant atteint d’un trouble causé par l’alcoolisation fœtale risque d’avoir besoin de davantage de soutien scolaire, de soins médicaux, d’accompagnement social, et d’être plus exposé à la délinquance et à la marginalisation, ce sont l’école, l’hôpital, la justice et les services sociaux qui portent, tout au long de sa vie, un coût humain et financier considérable pour notre pays, pourtant largement évitable.

Les évaluations internationales sont sans appel : le coût moyen d’une personne atteinte est de 1,3 million d’euros sur l’ensemble de sa vie, selon des travaux canadiens dirigés par l’économiste de la santé Egon Jonsson et publiés en 2012 (1). Un montant colossal supporté par l’Assurance-maladie, les collectivités, les dispositifs médico-sociaux, la justice et l’éducation, qui sont soumis à toujours plus de tensions, des budgets contraints et des équipes sursollicitées sans espoir d’allégement de leurs charges. Cette réalité reste encore trop peu visible dans les arbitrages publics.

Mais que pouvons-nous faire ? Il existe un levier immédiat, efficace et profondément rationnel : prévenir plutôt que réparer.
La Réunion en est la démonstration vivante. Grâce à vingt-cinq années d’actions coordonnées – accompagnement, formation, prévention scolaire – le taux de consommation d’alcool pendant la grossesse y est aujourd’hui le plus faible de France : 7% seulement des femmes réunionnaises déclarent consommer de l’alcool tout en sachant enceintes, contre 27% en moyenne nationale. Ce travail de fond a permis d’éviter environ 1 000 enfants atteints en sept ans, soit plus de 1 milliard d’euros qui seront économisés par la collectivité tout au long de leur vie. Ce modèle fonctionne. Il est reproductible. Il est documenté. Et il pourrait être déployé dans l’Hexagone.

La prévention de l’alcoolisation fœtale coûte jusqu’à mille fois moins cher que ses conséquences. Chaque euro investi permet d’éviter des drames humains, des prises en charge complexes, des hospitalisations répétées, des placements, des exclusions scolaires ou professionnelles, ainsi que des condamnations.
La proposition de résolution 646 déposée il y a plus d’un an et toujours en attente d’examen – présente précisément cette démarche de prévention nationale, cohérente et coordonnée. Elle permettrait d’épargner, en trois ans, 10 000 enfants chaque année et de réduire de plus de 10 milliards d’euros par an la « création » de nouvelles dépenses publiques pour les décennies à venir, le tout pour un coût de moins de 100 millions par an.
Prévenir la première cause de handicap évitable n’est pas seulement une nécessité sanitaire. C’est un choix d’intelligence budgétaire, un choix moral, un choix politique. L’État dispose de toutes les données, de tous les outils, et d’exemples qui font leurs preuves. Alors, qu’attendons-nous ?

• Le Dr Denis Lamblin est pédiatre, expert des troubles causés par l’alcoolisation fœtale, président de l’association SAF France.
(1) « Fetal Alcohol Spectrum Disorder: Management and Policy Perspectives of FASD », sous la direction d’Edward P. Riley, Sterling Clarren, Joanne Weinberg et Egon Jonsson, Editions Wiley-Blackwell.

Why Are We Still Waiting to Prevent Foetal Alcohol Syndrome?

By Denis Lamblin  |  Tribune published in Le Figaro — December 12, 2025

Read the original article (in French): lefigaro.fr

During the examination of the Social Security budget in a context of extreme financial tensions, an amendment tabled by Réunion MP Perceval Gaillard was passed by the French National Assembly on a subject that has long been overlooked: the prevention of Foetal Alcohol Syndrome (FAS) and Foetal Alcohol Spectrum Disorders (FASD).

This vote calls on the government to establish a national plan for the prevention of FAS by 2026 — though without binding the executive to do so. The adoption of this amendment is nonetheless historic: it reflects a growing national awareness of the issue and demonstrates that a majority of Members of Parliament are ready to support an ambitious prevention framework. Since 2007 and the Anne-Marie Payet Act, this subject had been entirely absent from public debate. At last, the legislature has taken it up. And this is only the beginning: a bill will soon be tabled by Perceval Gaillard to make the implementation of a national prevention plan legally mandatory. The stakes are high: foetal alcohol syndrome is the leading cause of entirely preventable disability in France, and it represents an enormous budgetary burden — every year, the birth of children affected by these disorders ‘generates’ an additional 18 billion euros in costs for future decades.

Every 40 minutes in France, a child is born with damage caused by alcohol consumed during pregnancy — nearly 13,860 children every year

Every 40 minutes in France, a child is born with the sequelae of alcohol exposure in the womb — nearly 13,860 children a year. Unlike many other substances, alcohol crosses the placenta freely and is particularly harmful to foetal brain development. There is no safe threshold: the guidance given to expectant mothers is clear — zero alcohol during pregnancy. Brain damage is often invisible at birth, yet its consequences last a lifetime: cognitive difficulties, learning disorders, impulsivity, behavioural problems, social vulnerability. These effects impact not only children and their families, but society as a whole: a child with FASD is more likely to need additional educational support, medical care and social assistance, and is at greater risk of delinquency and marginalisation — placing a substantial, and largely avoidable, human and financial burden on schools, hospitals, the justice system and social services.

International evidence is unambiguous: the average lifetime cost to society of one affected individual is 1.3 million euros, according to Canadian research led by health economist Egon Jonsson, published in 2012 (1). This colossal sum is borne by health insurance, local authorities, social care services, the justice system and education — all already overstretched, with shrinking budgets and overworked teams. Yet this reality remains largely invisible in public policy decisions.

What can we do? There is one immediate, effective, and deeply rational lever: prevent rather than repair.

Réunion Island stands as living proof. Thanks to twenty-five years of coordinated action — support services, training, school-based prevention — the rate of alcohol consumption during pregnancy on the island is now the lowest in France: only 7% of women in Réunion report drinking alcohol while pregnant, compared to 27% nationally. This sustained effort has prevented approximately 1,000 affected births over seven years, saving more than one billion euros in lifetime costs for the community. This model works. It is replicable. It is evidence-based. And it could be rolled out across metropolitan France.

Prevention costs up to a thousand times less than the consequences of inaction. Every euro invested avoids human tragedy, complex care pathways, repeated hospitalisations, foster placements, school exclusions, and criminal proceedings.

Resolution Proposal 646, tabled over a year ago and still awaiting examination, sets out precisely this kind of coherent, coordinated national prevention approach. It could spare 10,000 children each year over three years, and reduce the ‘creation’ of new public expenditure by more than 10 billion euros annually — for a total cost of less than 100 million euros per year.

Preventing the leading cause of avoidable disability is not only a public health imperative. It is a matter of budgetary intelligence, of moral responsibility, and of political will. The data exist. The tools exist. The examples are there. So what are we waiting for?

  • Dr Denis Lamblin is a paediatrician, expert in foetal alcohol spectrum disorders, and president of the association SAF France.

(1) « Fetal Alcohol Spectrum Disorder: Management and Policy Perspectives of FASD », edited by Edward P. Riley, Sterling Clarren, Joanne Weinberg and Egon Jonsson, Wiley-Blackwell. This estimate is recognised as one of the most robust internationally and can be transposed to the French context, as the cost and needs structure is comparable between the two countries.

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